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jeudi 9 juillet 2009

La Suite Grünewald



Je vous parlais dans mon message précédent de l'exposition au Collège des Bernardins de la Suite Grünewald. Je n'ai pas tardé à m'y rendre dès mon arrivée à Paris. Ne manquez pas cette exposition dont l'entrée est libre, si vous êtes ou passez à Paris. (Voir les renseignements et une vidéo de l'artiste sur le site du Collège des Bernardins.)

Cette série composée de 159 dessins et d'une peinture réalisée de juin 1994 à juin 1996 qui dormait dans des cartons est exposée pour la première fois dans la grande nef cistercienne du Collège. Le peintre Gérard Titus-Carmel propose sa vision du célèbre retable d'Issenheim peint par Matthias Grünewald de 1512 à 1516 (on peut le voir au musée d'Interlinden à Colmar).
L'ensemble des dessins en série de Titus-Carmel sont réalisés avec différentes techniques : mine de plomb, fusain, pierre noire, sanguine, acrylique, aquarelle, lavis mais aussi fins papiers collés Avec la grande toile centrale ils forment une oeuvre complète.



Le premier dessin de la série , une Marie-Madeleine à la mine de plomb est le "chef d'oeuvre", c'est-à-dire le dessin de départ avec lequel l'ensemble sera en cohérence. Le dernier dessin représente le doigt pointé de Jean-Baptiste vers le Christ avec l'inscription :
"Illum oportet crescere, me autem minui"
(Il faut qu'il croisse et que je diminue).

Les motifs (personnages, mains...) se déclinent en privilégiant la circulation des formes et les grandes lignes de force et en allant progressivement vers le dépouillement et l'abstraction.

Les couleurs se répondent : noir, rouge, blanc, ocre, terre...
Avec la grande toile que l'on aperçoit au fond de la nef lorsque l'on rentre, l'ensemble est saisissant. La contemplation plus attentive de l'oeuvre suscite une émotion d'une force extraordinaire.

Il ne faut pas hésiter à dialoguer avec le "médiateur culturel" qui apporte des réponses enrichissantes pour mieux entrer dans la compréhension de l'oeuvre. Celui que j'ai rencontré m'a signalé quelques vers du peintre qui est aussi écrivain et poète, placés très discrètement à droite vers le dernier dessin :


Comment pouvons-nous accorder un reste de beauté
à cette guerre dis-moi
Soupire crie lamente-toi ne laisse pas la mort
conquérir ta bouche

(Ici rien n'est présent )


samedi 4 juillet 2009

Et l'art ?



Du 14 au 21 juin, s'est tenue à Baie-Mahault dans une friche industrielle située derrière la mairie, la première édition d'une manifestation d'Art Moderne et Contemporain "ART BEMO" qui présentait des artistes plasticiens antillais. En attendant la création d'un Centre d'Art Contemporain, projet évoqué par le maire dans la plaquette éditée à cette occasion, cette expérience devrait être renouvelée chaque année.
Au vernissage, la présentation de l'exposition où l'on put entendre l'artiste Jorge Rovelas et Jean-Marc Hunt, le jeune plasticien maître d'oeuvre de la manifestation, fut suivie d'une performance puis d'une "post-performance" avec les enfants qui s'en sont donné à coeur joie en transformant les lieux-mêmes en un champ de bataille animé.



Les oeuvres de 18 artistes étaient présentées : peintures, photographies, vidéos, installations, design... et composaient un ensemble très intéressant.

L' initiative d'une telle manifestation mérite d'être saluée. Il n'existe aucun musée d'Art jusqu'à présent en Guadeloupe et les galeries sont en nombre très limité. Pour ma part je n'en connais que 2 : Imagin'Art près de Sainte-Rose et la galerie T&T à Basse-Terre... à part celles-ci, des petits lieux d'exposition souvent confidentiels dans des boutiques ou des ateliers. Et pourtant, il y a des artistes !




Cette dernière oeuvre de grandes dimensions est de Sébastien Caro .Vous pouvez voir son travail sur son blog Juskalos. L'artiste y rend hommage à Titus-Carmel qui lui a inspiré le thème du motif végétal.
A propos de ce dernier peintre : actuellement se tient à Paris au collège des Bernardins jusqu'au 9 août l'exposition de La suite Grünewald de Titus-Carmel.

Davantage de photos ici.


lundi 19 janvier 2009

Corps et arbres


Quelles nouvelles découvertes durant la semaine qui vient de s'écouler ?

Et bien, tout d'abord, j'ai eu la chance de participer à un stage intensif de dessin sous la direction de l'artiste peintre Catherine Pugliesi-Conti. Le sujet en était "le corps humain" et notre modèle Loulou a bien posé pour nous. Nous étions 9 participantes et l'atelier se passait sur la terrasse de Catherine, entourée de verdure et de fleurs, à la lisière de la forêt tropicale humide.

Nous avons d'abord appris que le canon du corps idéal, c'est-à-dire le rapport des proportions à partir d'une même mesure de base est de 8 têtes : on compte 4 têtes jusqu'au bassin et 4 jusqu'aux pieds. Notre modèle était bien "canon" !
Grosso modo une jambe mesure donc 4 têtes et un bras avec main tendue est de longueur équivalente à une jambe sans le pied.
Le canon d'un personne de la vie courante, genre "paysan un peu trapu" (le cliché !) est plutôt de 7 têtes et demie et nous avons aussi pointé les différences homme/femme. Le soir , en rentrant dans nos foyers, nous avons testé ces vérités sur les personnes que nous avions sous la main...

Puis nous avons fait des gammes : dessins avec échelles, puis sans, silhouettes simplifiées ("fil de fer") en marquant les axes colonne/ épaules/bassins, dessins de pieds, de mains, de bras, de jambes, attaches pieds-chevilles, mains-poignets, genoux, cou, bassin, raccourcis (représenter l'objet tel qu'on le voit) et tracé des "emmanchements" pour les faire sentir.
Pour ce faire, nous avons testé différents outils : crayon comté, mine de plomb, fusain, crayon bille, pastel gras, pierre noire, craie et puis encre bistre, noire de chine, brou de noix que nous pouvions déposer à l'aide d'un pinceau, d'une plume, d'un bambou taillé et même d'une brindille. Cette dernière technique que j'ai expérimentée pour la première fois m'a beaucoup plu car elle permet un tracé souple, fin et sensible.
Ensuite il a fallu dessiner notre modèle, sous des angles et positions variés, sans lever notre crayon de la feuille, puis sans regarder notre feuille, avec la main gauche, avec les 2 mains en même temps et sans lever le crayon, avec le bras tendu ... on pouvait se demander jusqu'où cela nous mènerait ! Le résultat provoquait parfois de grands éclats de rire.
Et bien, au bout des 5 jours du stage, nous arrivions toutes à dessiner notre modèle à main levée avec les bonnes proportions !


Des belles proportions, nous en avons aussi trouvées dans les arbres du jardin botanique de Basse-Terre (waouh, la transition !).
C'était samedi dernier et la visite était organisée par l'association "Les vieilles maisons de Guadeloupe".
Le jardin botanique de Basse-Terre, que l'on peut visiter librement, est le plus ancien jardin botanique de Guadeloupe. C'est dès 1820 que l'habitation Saint-Charles fut le lieu d'essais d'agriculture dans le cadre d'un jardin botanique d'acclimatation. Le jardin connut l'abandon pendant une vingtaine d'années jusqu'en 2003 avant de faire l'objet d'un projet de réhabilitation. Le conseil général, qui en est propriétaire, en a confié actuellement la gestion au Conservatoire Botanique des Antilles Françaises. Jean-Marie Flower, qui nous guidait pendant la visite, en est le directeur pour la Guadeloupe. Ce Conservatoire est une association dont les missions sont la connaissance, l'expertise et la protection des espèces végétales en y ajoutant la sensibilisation et l'information en direction du grand public. Ce sont les espèces autochtones qui sont privilégiées dans le jardin. On les trouve dans leur habitat naturel qui couvre 20 % de la Guadeloupe et certaines de ces espèces doivent être protégées.



A gauche "Bonnet d'évêque" (photo de Françoise)



Notre intervenant, passionné par son sujet, nous a transmis quelques notions au cours de cette visite.
En voici trois :

- La dénomination d'une plante comporte 2 parties, le genre et l'espèce. Les genres proches sont rassemblés dans des familles.
Par exemple le "mahogany petites feuilles" swietenia mahogani appartient au genre "swietenia"(connu sous le nom d' "acajou"), à l'espèce "mahogani". Le "mahogany grandes feuilles" s'appelle ainsi : swietenia macrophylla. Tous 2 appartiennent à la famille des méliacées.

- Les plantes hémiépiphytes :
Nous rencontrons de nombreuses plantes hépiphytes au cours de nos marches en forêt . Elles utilisent les arbres comme support sans en être parasites (les orchidées, par exemple).
Qu'en est-il des "hémiépiphytes" ? Notre conférencier nous a montré un feuillage plus foncé au milieu des branches d'un teck. Il s'agissait d'un figuier. Les graines ont été transportées par les oiseaux. Le figuier va se développer en lançant ses racines vers le sol. Celles-ci peuvent à la longue se lignifier et se rejoindre pour former un véritable tronc autour de la plante hôte dont la croissance est arrêtée.

- La durée de vie d'une plante est très importante . J-M Flower a évoqué une plante herbacée qui s'est maintenue de façon végétative depuis 40000 ans en Nouvelle-Zélande. En Norvège, un genévrier a pu être daté de 9000 ans grâce aux fruits fossilisés trouvés à sa base. Cette longévité s'explique parce que les plantes , à la différence des humains, changent leur ADN pour s'adapter aux transformations de leur environnement. (cf. Eloge de la plante, 1999, et Plaidoyer pour l'arbre, 2005 , Francis Hallé)


Fleur de "Boulet de canon" (photo de Françoise)

L'arbre "boulet de canon" (Couroupita guianensis), originaire de Guyane, tire son nom de ses gros fruits sphériques, matures au bout de 18 mois et qui mettent plus de 2 ans à se détacher de l'arbre (...ne pas se trouver en dessous à ce moment-là !). Les fleurs parfumées poussent directement sur le tronc en partie basse de l'arbre. Il n'existe que quelques spécimens en Guadeloupe.