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lundi 13 avril 2009

Crabes de Pâques




Pâques, en Guadeloupe, c'est un long week-end (le vendredi est férié). En dehors de la dimension religieuse, la tradition c'est "tous à la plage", en famille, tentes dressées, souvent depuis le début de la Semaine Sainte, pour réserver son emplacement.

Nous sommes en fin de saison sèche ("carême") mais ce week-end fut assez pluvieux. Dans la forêt xérophile (sèche) du littoral, les feuilles des arbres à feuillage caduc tapissent le sol ce qui donne une petite impression d'automne (cependant les feuilles tombées sont vite remplacées par des nouvelles).  
Dimanche, nous avons marché dans la région de Petit-Canal à travers les haies de champs de cannes qui attendent désespérément d'être coupées. (Après le blocage de la filière, c'est le problème de pénurie en électricité qui empêche le démarrage de la sucrerie Gardel). La récolte commence en temps normal vers février et dure 3 à 4 mois avant le retour de la saison des pluies. 
Des vaches, sur notre chemin, croquaient les cannes sans vergogne. A l'horizon se profilaient des  moulins en ruine, envahis par les figuiers maudits. Le sentier de Beautiran traverse ensuite la mangrove pour aller jusqu'à l'ancien port d'expédition de sucre et de rhum. Des vestiges de treuils et palans avec leurs poulies se dressent encore devant le grand Cul-de-Sac Marin.

Après Beautiran, direction Morne-à-l'Eau où la fête du crabe bat son plein.




Pluie et soleil à Morne-à-l'Eau



Au repas de Pâques, les crabes (de mangrove) sont 
traditionnellement à l'honneur. C'est la saison où les crabes sortent de leur abri. Autrefois c'était un met peu onéreux  : chacun pouvait aller l'attraper à l'aide de pièges. En cette période on voit souvent le long des routes des petits vendeurs proposer, le bras tendu, des crabes attachés en bouquet. Aujourd'hui il existe aussi des élevages comme celui de "la Maison du Crabe". On cuisine ces arthropodes de différentes façons : en calalou avec des feuilles de madère, en matété mélangé avec le riz et les épices ou accompagnés de dombrés, petites boulettes faites avec de la farine. 
 Nous avons goûté à tout en allant manger sur la plage de Saint-Louis ce que nous avions acheté sur la place de Morne-à-l'Eau dédiée ce jour-là à la fête du crabe. Voici comment sans canaris (ou "kanari" = marmites) ni tentes nous n'avons pas tout à fait dérogé à la tradition guadeloupéenne.




P.-S.   Je m'aperçois que les photos ne s'agrandissent pas (sauf la 1ère) lorsque l'on clique dessus. Pourquoi ? Mystère que je n'ai pas encore réussi à élucider.
Je mets en lien ici un diaporama avec davantage de photos.


samedi 1 novembre 2008

Les lumières de la Toussaint


Depuis des semaines, en Guadeloupe, les cimetières voient se déployer une activité nouvelle dans leurs allées et sur leurs tombes. On nettoie, on repeint, on remet du sable. Tout doit être prêt pour le 1er novembre, jour de la Toussaint. Ici, cette fête catholique est très importante. Dans les grandes surfaces on trouve actuellement des linéaires de bougies blanches ou vendues dans de petits bougeoirs en plastique rouge.


Petit rappel : la Toussaint, qui honore "l'ensemble des saints", est célébrée le 1er novembre depuis le IXème siècle par l'Eglise catholique. Elle a pris la place d'une fête païenne celte , Samhain,  qui marquait le passage de la" saison claire à la saison sombre", fête de transition et d'ouverture vers l'Autre Monde.
Au XIXème siècle les Irlandais ont exporté cette coutume avec eux en Amérique (devenue depuis Halloween). Des petites lumières étaient placées devant les portes pour chasser les revenants.

Au XIème siècle, on fait suivre la Toussaint du "jour des morts", jour de commémoration des défunts. Cependant, du fait que la Toussaint est un jour férié, l'usage est établi de commémorer les morts le 1er novembre. Pour l'Eglise catholique, la fête de la Toussaint témoigne de l'espérance chrétienne devant la mort.

En Guadeloupe, cette fête religieuse est l'occasion de réunion des familles et des proches qui passent une bonne partie de la nuit dans les cimetières illuminés de centaines de petites bougies.





Nous sommes allés ce soir au cimetière de Morne à l'Eau, célèbre pour ses tombes en damiers noirs et blancs qui forment une véritable petite ville sur la pente d'un morne.

Après de longs embouteillages dus à la déviation autour de la ville pour cette occasion, nous sommes arrivés devant le cimetière où la circulation automobile avait fait place à une foule dense autour de camionnettes et de marchands ambulants de bokits, pop-corn, cornets de cacahuètes, sorbets coco...


Nous avons suivi le flot des familles et sommes rentrés dans le cimetière où brillaient sur chaque tombe de nombreuses petites bougies aux lumières rouges ou blanches. Déjà, au cours de notre trajet, nous avions observé la présence de bougies au pied des murs des maisons. Mais là elles étaient serrées et nombreuses, ajoutant leur chaleur à celle de la nuit. Nous avons avancé lentement dans les allées envahies de monde.
Toute la ville semblait s'y être donné rendez-vous. Un brouhaha léger et continuel régnait autour des caveaux de famille aux allures de petites maisons carrelées où l'on se rassemblait, se saluait, déposait des fleurs, les enfants s'affairant autour des bougies, des petits endormis dans des bras maternels. Et par-dessus, le chant nocturne des grenouilles, toujours présent.

Très peu de "touristes", les Guadeloupéens sont entre eux pour cette fête profondément ancrée dans leur tradition. Beaucoup de sérénité, rien de pesant ni de triste dans ce moment de rassemblement et de recueillement. Cette fête lumineuse, si loin de ce que l'on peut voir dans les cimetières de métropole, donne une impression très particulière que les mots ne peuvent qu'imparfaitement décrire.